Reportage : la Ferme de Borny, un espace biologique ouvert

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La Ferme de Borny et sa poule Colette ont gentiment accueilli l’équipe d’Intrépide, en septembre dernier, pour faire visiter leur petit bout de paradis et présenter leur projet à quelques visiteurs curieux. Enthousiasmés par ce lieu unique et paisible, nous avons interviewé Céline Neveux – porteuse du projet avec son mari, Jean-Philippe, et salariée à mi-temps pour assurer la direction de la ferme.

 

“le bio c’est pas élitiste et c’est faisable sans subvention”

– Natacha, préposée à la visite

 

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Spécialisée dans le maraîchage bio et axée autour de trois pôles principaux : le maraîchage, la pédagogie et la vente (de produits locaux ayant subis le moins possible d’étapes de transformation, en général, bio ou en conversion), la Ferme de Borny nous livre exclusivement tous ses secrets !

 

 

INTRÉPIDE : Depuis quand existe la ferme de Borny et d’où vous est venue l’idée ?

 

CÉLINE NEVEUX : L’idée nous est venue il y a maintenant environ 5 ans. Ça a maturé pendant toutes ces années, on a travaillé avec la mairie pour arriver sur la détermination du site de Borny il y a 1 an et la création effective de la ferme, le 24 mars 2017.

 

 

INTRÉPIDE : Pourquoi une ferme en ville, plutôt que traditionnellement à la campagne ?

 

CÉLINE NEVEUX  : Alors ici, cette ferme, elle a plusieurs aspects. C’est une vraie ferme, c’est-à-dire qu’on est là pour produire, pas juste pour montrer. Mais on voulait une ferme qui ait d’autres casquettes, qui explique ce qu’est le bio, parce qu’on a actuellement l’idée que “le bio c’est cher, c’est pour les riches, c’est pour les bobos”. On veut donc montrer que le bio c’est pour tout le monde, et il faut un aspect pédagogique et pour toucher les gens, il faut être à côté d’eux ; d’où l’idée de faire une ferme en plein centre ville pour que les gens soient au cœur de la ferme. En effet, on est au cœur du quartier et le quartier est au cœur de la ferme. On touche alors toutes les populations. Borny, c’est l’un des plus gros quartiers de Metz, en particulier en terme de population : il y a une diversité aussi bien au niveau social,qu’au niveau culturel, d’où l’intérêt de le faire ici. Si on veut que le bio se démocratise, il faut qu’il y ait plus de bio car actuellement l’offre n’est pas assez importante. On est transparent sur nos prix pour montrer qu’on peut s’installer en bio et qu’on peut gagner sa vie, ainsi on veut encourager tous les installants à venir s’installer en bio.

On aurait pu s’installer en asso mais ça veut dire qu’on dépend des subventions, notamment pour l’emploi, et ça nous on ne le voulait pas. On ne veut pas biaiser les chiffres et que de futurs installants puissent nous dire “oui mais vous vos impôts, ils sont subventionnés”, d’où le choix de créer une société, une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif sous statut SA) qui fait qu’on ne peut pas toucher de subventions pour l’exploitation. Si on ne produit pas, et qu’on ne vend pas, donc concrètement s’il n’y a pas d’argent qui rentre, on paie pas les salariés, on ferme.

On sera tout le temps totalement indépendant.

On travaille avec les étudiants, avec le campus Bridou, l’ENSAM, avec l’IUT génie-mécanique de Metz sur plein d’aspects différents, pour justement parler bio avec les étudiants et montrer qu’ils peuvent se nourrir en bio sans que ça soit forcément plus cher.

 

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INTRÉPIDE : Quels sont les enjeux environnementaux que vous voulez mettre en place ici ? et concernant les produits vendus ?

 

CÉLINE NEVEUX : Ici, c’est bio. Et au niveau de la ferme, on est même plus que bio parce que dans le cahier des charges bio, il y a des produits qui sont autorisés, comme la bouillie bordelaise, et nous ici, on la refuse parce qu’elle a des effets néfastes sur les vers de terre. Donc on va plus loin que le bio. Et nos enjeux environnementaux sont : une ferme propre du point du vue énergétique, puisqu’on refuse toute chambre froide, on refuse toute consommation non nécessaire… les seules consommations d’énergie qu’on a sont au niveau des bureaux, parce qu’il faut brancher les PC, parce qu’il nous faut de la lumière pour le magasin et il faut aussi des frigos. On travaille par exemple avec l’IUT de génie-mécanique sur un séchoir solaire, donc zéro consommation d’énergie.
Et l’autre enjeu, il est également au niveau de l’arrosage, zéro consommation d’eau, on arrose pas.

 

 

INTRÉPIDE : Et les enjeux sociaux ? sur le quartier de Borny, sur l’offre d’emploi, sur les jeunes…

 

CÉLINE NEVEUX : Alors les enjeux sociaux, c’est le volet qui nous dépasse, il dépasse tout ce qu’on avait pu imaginer. Le volet social, il passe simplement par le fait qu’on est au bord du parc et les gens se promènent, ils voient la ferme, ils voient les animaux, ils voient les légumes pousser et on laisse la porte ouverte quand les salariés sont là, tout le monde peut rentrer et se promener. On est un espace ouvert au quartier et c’est la première des pédagogies. Après on va plus loin, en proposant des aspects pédagogiques avec les écoles et en travaillant également avec les associations du quartier dans le cadre de l’insertion. On a des gens en insertion qui viennent sur la ferme.

 

INTRÉPIDE : Voulez-vous montrer l’exemple pour que d’autres fermes citadines ouvrent ?

 

CÉLINE NEVEUX  : Citadine ou en campagne ! Mais qu’on soit les plus nombreux possibles installés en bio (rires).

On est la première ferme urbaine en SCIC sur du terrain en France, parce que souvent les fermes urbaines sont les fermes sur les toits. Dans ce sens là, on est la première. Mais le but de la ferme c’est aussi de mettre en place un outil, et de dire aux producteurs “c’est possible, et cet outil vous permet de gagner du temps dans votre travail ». Un magasin de producteur, c’est un outil formidable. Quand on s’installe, on a tout à construire ; on a l’outil de production à construire, on a les sols à comprendre, on a les relations avec ses voisins directs à construire, on a également tous les enjeux commerciaux à construire : créer sa clientèle, mettre en place son réseau, trouver où on va vendre (marché, AMAP [Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne, ndlr.], etc.). Tout ceci, ça prend du temps et quand on s’installe c’est du temps qu’on a pas forcément. On veut que son outil de production soit efficace, et donc là on met en place un outil de vente, clé en main.

 

 

INTRÉPIDE : Est-ce plus compliqué de faire de l’agriculture en ville ?

 

CÉLINE NEVEUX : Non, l’agriculture c’est de l’agriculture. Le plus compliqué c’est d’avoir les terrains. Mais en campagne c’est compliqué aussi. En ville il y a la pression foncière, donc après s’il n’y a pas de volonté politique, on peut pas installer un producteur.

 

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INTRÉPIDE : Vous avez pour objectif d’ouvrir le lieu en organisant divers événements (visites, pique-niques, ateliers de cuisine et même des concerts…). Pourquoi ? Avez-vous d’autres projets et des espoirs pour les années à venir ?

 

CÉLINE NEVEUX : On a pleins de projets, pleins d’idées. (rire) Pourquoi est-ce qu’on fait ça ? parce que la ferme c’est un espace ouvert. Une ferme c’est un espace de vie. On est content quand il y a des gens qui viennent se promener, quand ils viennent faire leurs courses, voir les animaux avec les enfants. Dans le temps, la ferme était le lieu de commerce, de rencontre. On allait à la ferme chercher son lait, on allait à la ferme discuter. On conçoit la ferme comme un espace ouvert et de faire venir les gens à travers des concerts c’est l’occasion pour nous d’échanger avec eux, de leur faire découvrir le lieu. En plus, une ferme c’est beau alors pourquoi pas faire des choses… (rire)

Comme on refuse tout traitement, faut bien qu’on trouve un moyen de palier à ces fameuses limaces, à toutes ces choses là à propos desquelles on entend tout le monde râler dans les jardins. Hé bien le moyen le plus efficace c’est de laisser la nature faire, et pour cela il faut lui laisser un peu de place ; pour réimplanter les écosystèmes, il faut que chacun ait sa place. Il y en a qui ont besoin d’herbe, il y en a qui ont besoin de tiges creuses, d’espaces abrités, … Donc si on laisse un peu de place à tout le monde, on y arrive. Je pense que l’aspect paradis vient de là : on sent qu’il y a de la vie, on voit plein de choses différentes, un peu sauvage, mais c’est voulu.

On discute beaucoup avec les anciens. Ils nous apprennent beaucoup de choses, mais parfois on se rend compte qu’ils ne savent pas pourquoi telle ou telle chose. Alors comme nous on aime bien savoir pourquoi, on réessaye.

 

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“tout le monde peut rentrer et se promener”

– Céline Neveux

 

Après la visite de leur exploitation et une petite dégustation de petits pois à la cueillette, l’équipe d’Intrépide a été charmée par ce mode de production circulaire en accord avec la biodiversité !

Vous pouvez retrouver toutes les informations et les soutenir en devenant actionnaires directement sur leur site internet. Ils seront heureux de vous accueillir sur place au 14 chemin des foulonniers à Metz pour visiter, discuter, jardiner et même utiliser leurs toilettes sèches !

Voici les horaires du magasin :

Lundi                 Fermé

Mardi                Fermé

Mercredi          14 – 19h

Jeudi                 14h – 19h

Vendredi          12 – 19h

Samedi             10 – 19h

Dimanche        Fermé

 

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